Webinaire avec Alexis Jenni, prix Goncourt

Nous avons eu la chance d’accueillir Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011 pour L’Art français de la guerre, pour un webinaire exceptionnel où il nous a raconté, avec passion et une grande humilité, comment il a cultivé son désir d’écrire depuis l’enfance. Près d’une centaine de personnes étaient connectées pour l’écouter. Merci à toutes et tous pour votre présence et vos questions !

Un désir d’écrire qui ne l’a jamais quitté
Alexis Jenni écrit depuis toujours. Enfant déjà, il rédigeait des lettres, de petites nouvelles, des textes qu’il gardait pour lui. Ce désir d’écrire, il ne l’a jamais lâché, même lorsque, pendant vingt ans, ses manuscrits ont été refusés par les éditeurs, les uns après les autres.

Et le plus étonnant, c’est ce qu’il en dit aujourd’hui : il estime que ces refus étaient justifiés. Pas par fausse modestie, mais parce qu’avec le recul, il voit bien ce qui n’allait pas. Il cherchait à « faire le malin », à écrire une littérature un peu trop consciente d’elle même, attiré par des maisons qui déstructuraient la forme littéraire. Il jouait un jeu, dit il, un peu comme s’il passait une agrégation en solitaire, pour se prouver quelque chose à lui même.

Le roman qu’il a écrit pour lui

Le déclic est venu d’un choix simple : arrêter d’essayer de faire de la littérature, et écrire un roman pour son propre plaisir. Un roman d’aventures, de guerre, qui allait devenir L’Art français de la guerre. 600 pages foisonnantes, traversées de rencontres et d’épopées.
C’est dans ce texte là, écrit sans calcul, qu’il a pu glisser des éléments profondément intimes, son grand père entre autres, avec une sincérité qu’il n’avait pas trouvée dans ses manuscrits précédents. Le manuscrit part chez Gallimard. Il est accepté. Et tout s’enchaîne très vite : quelques mois plus tard, en 2011, Alexis Jenni reçoit le Prix Goncourt.
Tout a changé et rien n’a changé

Il raconte à quel point ce prix l’a porté, alors qu’il ne s’y attendait absolument pas. Beaucoup de choses ont changé dans sa vie : il a pu progressivement réduire son temps d’enseignement (il était professeur de biologie), puis arrêter tout à fait. Le succès du livre lui a permis de vivre de sa plume et l’a légitimé comme auteur.

Mais dans le fond, dit il, rien n’a vraiment changé : le désir d’écrire qui l’animait avant le Goncourt est resté le même. Il a continué à écrire, à explorer des formes différentes, y compris des manuscrits que son propre éditeur a parfois refusés. En une dizaine d’années, il a écrit une trentaine de livres. Il vit aujourd’hui avec peu de choses sur le plan financier, mais ce qui compte pour lui, dit il, c’est d’avoir pu s’acheter du temps : le temps d’écrire, le temps de créer.

Écrire et lire, une seule et même quête

L’un des moments les plus marquants de l’échange a sans doute été lorsqu’il a évoqué le lien entre lecture et écriture : deux manières différentes, selon lui, de faire la même chose, chercher l’intensité, la justesse d’une phrase, une musicalité. C’est cette quête là, plus que la reconnaissance ou le succès, qui semble avoir guidé tout son parcours.
Avec une grande simplicité, Alexis Jenni a donné envie à nos étudiantes et étudiants d’écrire, de persévérer, et de faire confiance à ce désir d’écrire, même quand personne d’autre n’y croit encore.
Merci infiniment à lui pour ce moment de partage.